En 1994, la compagnie ART rencontrait François Bon, écrivain contemporain, puis, par celui-ci, François Rabelais, maître des otigines. Deux tourangeaux. Un spectacle naquit: "Rabelais dans les cathédrales de Bacchus". Ce fut une belle rencontre avec une langue étrange, la nôtre. L'occasion d'interroger, de triturer, de pétrir cette langue trop souvent prise dans les rêts de la raison.
En 1999, la compagnie ART et Béla Czuppon adaptent "Les contes drolatiques" de Balzac.
Balzac, un autre illustre tourangeau, qui, dès le prologue du premier dixain des "Contes"' se réfère à Rabelais, "prince de toute sapience et toute comédie". Et, de fait, la langue de Balzac ressemble furieusement à celle de Rabelais. Elle y emprunte, elle y picore, elle y grignote, et dans la foulée, elle innove aussi. Et cette langue, forgée sur un patron ancien, dérange le présent.
Adaptation théâtrale et musicale
A l'origine les contes devaient être cent Balzac n'en écrira en fait qu'une trentaine, publiés entre 1832 et 1837. Parmi ces trente contes "gaillards et bien fendus de gueule", nous en avons choisi cinq.
Issus d'autres contes des textes sont mis en musique par Bruno Millan. Sur un air d'accordéon, les comédiens chantent et dansent. Ces chansons - "La Touraine et "Anjou", "Gibier d'amour", "La lolye souris", "C'estoyt une haine cramoisie", "Ah, quel conte" - ponctuent l'action scènique ou assurent une liaison entre deux contes.
Le spectacle s'ouvre sur une sorte de préambule, !'Naifuete", narrant l'intérêt de jeunes enfants pour un célèbre tableau du Titien, "Adam et Eve". Moralité : I'innocence appartient à i'enfance, tout comme le rire. Quant à la comédie, au burlesque, n'expriment-ils pas la quête du paradis perdu de cette enfance ?
La première et la troisième histoire "Monsieur de Turpeney" et "Baise-cul" sont tirées des "Joyeusetés du Roi Louis le Onzième". lls mettent en scène un roi paillard, coureur, moqueur, mais aussi des types bien campés, tel un vieil et grave Hollandais, un vigneron au "visage d'écumoire" ou encore le "doreletier", "aux lèvres serrées comme le cou d'un pendu'. Au coeur de l'action : la lubricité, I'avarice, la cupidité, la bêtise aussi. Et, par-dessus tout, un rire énorme et salvateur.